L’art du système (3)D
Trân Trong Vû serait-il le James Cameron de la peinture? On pourrait y croire, à force de lire partout que l’artiste fabrique des œuvres en trois dimensions. Pourtant, pas de nouvelles technologies ici, la démarche – pour rester dans la comparaison cinématographique – serait plus proche d’un Gondry. L’imagination au pouvoir en somme, car pour créer cette impression de 3D, Trân Trong Vû a eu l’idée simple et géniale de peindre sur des lais de plastique transparent. Suffisait d’y penser comme on dit, mais l’effet est saisissant et ouvre des possibilités de mises en scène et d’interactions avec le public assez inédites. Pour celui qui revendique haut et fort la place de la peinture dans l’art contemporain aux côtés de la photo ou de la vidéo, le propos est de donner une autre vie à un espace. En quittant les murs et en disposant ces œuvres, comme suspendues dans l’air libre, de manière à créer un trompe-l’œil permanent et labyrinthique, il invente des effets à la fois visuels et psychologiques tout en invitant le public à chercher son chemin dans une partie de cache-cache aussi ludique qu’intelligente. Car si Trân Trong Vû considère la peinture comme un moyen, et non pas un objectif, c’est que ses personnages aux sourires si systématiques et figés qu’ils en deviennent inquiétants, ont aussi une dimension politique pleine de dérision. Héritage post-communiste, fantasmes liés à l‘Asie? Le malicieux Trân Trong Vû a décidément envie de jouer avec le public.
© Nicolas Mathé
Lets Motiv n° 124/mars 2011/ Toulouse
photos © Trân Trong Vû